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Covid-19/Afrique : un double tsunami

Covid-19/Afrique : un double tsunami
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En dépit de ses moyens limités, l’Afrique, aidée par la chloroquine, arrive à faire face à la composante sanitaire de la crise née de la pandémie du Covid-19. L’Agence française de développement est moins alarmiste que le rapport du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du Quai d’Orsay.

Intitulé “Covid-19 en Afrique : un double tsunami”, le rapport de l’économiste de développement, Thomas Melonio, se fond sur les prévisions de la Banque mondiale (BM), qui table sur une récession en Afrique subsaharienne entre 2,1 et 5,1% en 2020, rejoignant la vague de pessimisme de l’ONU, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de la Fondation Bill Gates, etc. Le postulat de départ est le suivant : une “catastrophe ou tsunami à venir sur le continent”. L’auteur constate que “le nombre de personnes testées et touchées par la pandémie du Covid-19 reste à ce stade plus limité en Afrique qu’ailleurs dans le monde”.

Mais il ne voit pas le continent y échapper. Il note un faible  nombre de dépistages réguliers. Ce qui ne permet pas de donner une vision précise de l’évolution du Covid-19 en Afrique. Il parle de “sous-estimation importante”, puis de plusieurs facteurs susceptibles d’accélérer sa transmission. En cause, la forte densité urbaine, la part élevée de la population vivant dans des quartiers précaires et dans des bidonvilles disposant d’un faible accès à l’eau et à l’assainissement, et l’absence des filets sociaux. Ce qui rend difficilement supportable un confinement total et durable de la population, soutient-il.  Puis, il ajoute le poids du secteur informel qui ne peut supporter le confinement.

Thomas Melonio est aussi convaincu que les mesures prises (fermeté des aéroports, des écoles, des marchés, des églises, des rassemblements publics et des couvre-feux) pour limiter la propagation du virus risquent de ne pas être durables à cause de leur coût économique élevé. D’autre part, la fragilité des systèmes de santé accroît les risques de contaminations graves et de décès. Il reconnaît, par contre, que la structure démographique (60% de la population à moins de 25 ans) est un facteur  qui limite la multiplication des cas graves. Mais d’autres facteurs de risques existent, souligne-t-il, notamment la malnutrition, la prévalence du VIH, la tuberculose, le paludisme.  Ce qui peut  écarter l’espoir d’une Afrique “épargnée” par le fléau, selon l’auteur de l’étude.

Autre facteur qui accroît le risque de  mortalité en cas de contamination,  la fragilité des systèmes de santé (nombre limité d’unités de soins intensifs, de ventilateurs, d’équipement de protection du personnel médical, etc.).  Sur les vingt-cinq pays les plus vulnérables à une maladie infectieuse au monde, vingt-deux pays sont africains, déplore l’étude. Aussi les marges de manœuvre budgétaires des Etats africains sont  faibles.  Et Elles limitent les possibilités de soutien à l’économie. Certaines conséquences déjà visibles du Covid-19 pourraient devenir majeures, notamment la baisse de la demande des principales économies mondiales.

C’est le cas pour les pays pétroliers de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique  centrale – le Cameroun, le Gabon, le Tchad, le Congo et la Guinée équatoriale, et certaines plus grandes économies africains exportatrices de pétrole – Nigeria, Angola, Algérie, ainsi que pour les pays exportateurs de minerais et métaux – Afrique australe. Certains spécialistes évoquent un risque sur la sécurité alimentaire des pays les plus dépendants de leurs importations de denrées alimentaires. Ensuite Thomas Melonio passe en revue les différents canaux de transmission de la crise en Afrique, les mesures de désendettement prises par les partenaires multilatéraux et bilatéraux.  Il imagine quatre scénarios de sortie de crise, en “V- le plus favorable à l’Afrique”, en “W”, en “U” ou en “L”. Il appelle à aller plus loin que le moratoire sur la dette avant de rappeler qu’un “choc de cinq points de PIB représente une perte de revenus proche de 125 milliards de dollars à l’échelle du continent”.

 

Noël Ndong


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