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Esclavage : l’histoire oubliée des Africains-Iraniens

Esclavage : l’histoire oubliée des Africains-Iraniens
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La population iranienne, surtout au sud du pays, est constituée entre 10% et 15% de personnes d’origine africaine. Leur histoire remonte à la pratique de l’esclavage sur les côtes du golfe d’Oman, du XVIIIe au XXe siècle.

L’histoire d’afro-descendants en Iran est mal connue, parce qu’elle est insuffisamment documentée. Mais la traite dans ce pays  prend définitivement fin sous le règne de Reza Shah Pahlavi. Une loi est votée, le 7 février 1929. Toute personne entrant en Iran, en tant qu’esclave, est considérée comme libre et toute personne procédant à l’achat, vente, exploitation d’un être humain est passible d’un  à trois ans d’emprisonnement. Cette abolition tardive oublie les descendants des Africains-Iraniens arrivés ici par la force. Les Iraniens pensent que ce sont des ”Noirs du sud”, dont la couleur de la peau est attribuée aux grandes chaleurs de la région.

Une culture musicale venue d’Afrique de l’est

Ces Iraniens ” noirs” ont, entre autres, caractéristiques aux Noirs d’Afrique les sonorités musicales, avec des instruments spécifiques comme le tambour, d’origine soudanaise, ou le rite du zâr, une cérémonie destinée à éloigner les mauvais sorts, pratiquée en Tanzanie et en Ethiopie,  surtout pendant l’excision, vue comme un ”possible héritage”  de la Corne de l’Afrique. La chercheuse Behnaz Mirzai note dans ses entretiens avec des Africains-Iraniens (que], “ceux-ci s’identifient eux-mêmes comme Iraniens, et dans certains cas rejettent tout lien avec l’Afrique”. De même, leur identification à l’islam est très forte, d’autant plus qu’historiquement, ils ont été stigmatisés comme infidèles.

Plusieurs millions d’Africains ont été déportés vers le Moyen-Orient et l’Inde, entre le XVIe et le XIXe siècle, par des esclavagistes arabes. À l’issue de la guerre russo-perse de 1826-1828, le commerce des esclaves est coupé au Nord. La traite des Africains augmente en conséquence, malgré une première abolition officielle en 1848. Sur 700 000 Africains de l’est déportés au XIXe siècle, on estime qu’un tiers est resté en Iran. Mais d’autres Africains vont arriver librement en Iran. Certains noms de famille indiquent des origines géographiques, ainsi de Zanzibari ou Habashi, de l’arabe Al-Habash, l’Abyssinie. Historiquement, la traite est allée plonger bien au-delà de la Corne de l’Afrique, jusqu’à l’île de Madagascar ou le Mozambique.

Certains esclaves ou descendants d’esclaves connaissent une ascension sociale vertigineuse, comme Ya’qub Sultan, devenu en 1717 gouverneur de Bandar Abbas, le principal port desservant le centre et le sud de l’Iran. Mais la réalité commune est terrible, ainsi des innombrables garçons vont être castrés avant d’être vendus. La plupart ne survivait pas à l’opération. Longtemps, après l’abolition de l’esclavage, les Africains-Iraniens ont été tenus à l’écart de l’école. Le racisme et les stéréotypes hérités de l’esclavage y sont responsables.

Noël Ndong


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